PATINA – Anne Ramsden

En montre au printemps 1998, Patina de Anne Ramsden constitue le  second de quatre projets de la série «Écrans et bannières» sur la fascine attenante à la façade nord du Musée régional de Rimouski.Le long de la façade nord du Musée, une structure métallique conçue par les architectes Dupuis et Le Tourneux et inspirée des fascines utilisées par les gens du littoral pour la pêche à l’anguille sert aujourd’hui à l’accrochage de bannières annonçant les expositions en montre au Musée.

Dans l’actuelle série intitulée «Écrans et bannières», cette structure fera l’objet d’interventions d’artistes choisis : Eduardo Aquino de Montréal, Anne Ramsden de Vancouver, Phillipe Barker de Toronto et Patrick Altman de Québec. Nous avons retenus ces artistes pour l’intérêt qu’ils portent à la réalisation d’œuvres dans l’espace public et pour leur capacité à explorer les possibilités d’affichage ou de rétroprojection offertes par cette structure. Leurs œuvres s’inscrivent dans les préoccupations de plus en plus marquées par les artistes d’aujourd’hui envers l’espace public, les enjeux et les messages qui le déterminent.

Structure ambiguë, la fascine constitue un écran qui exprime la limite physique de l’édifice du Musée en même temps que l’ouverture de l’institution à la collectivité à qui elle s’adresse. Située à un point névralgique, elle s’inscrit dans un paysage naturel et urbain marqué par le développement de la ville. Plus propice à la promotion d’événements qu’à provoquer une expérience artistique contemplative, cette structure suscite aussi des comparaisons avec l’univers de la publicité, permettant de critiquer ou d’en détourner les contenus symboliques et les modalités de fonctionnement. Elle offre donc un contexte riche, engageant non seulement sa forme, mais aussi des questions politiques et sociales plus larges.

Le travail des artistes déployé lors ces présentations s’échelonnant de 1997 à 200 se veut donc l’expression d’un point de vue personnel critique s’ajoutant aux intérêts tant privés qu’institutionnels qui s’affrontent dans la sphère publique au nom de l’intérêt collectif.

 PATINA de ANNE RAMSDEN

L’œuvre Patina de Anne Ramsden constitue la seconde intervention réalisée dans le cadre de la série « Écrans et bannières ».

L’artiste reproduit ici sur de larges bannières de nylon une série d’objets du quotidien marqués par l’usure et un certain vieillissement. À l’automne 1997, elle présentait une série similaire intitulée Possession dans le cadre de l’événement « Sur l’expérience de la ville » organisé pour souligner le 25e anniversaire du centre d’artistes Optica. Les mêmes images étaient alors installées dans des omni-colonnes du centre-ville de Montréal, un contexte de présentation évoquant la publicité commerciale qui encourage la consommation de produits plutôt que, comme ici, la mise en exposition muséale. Par contraste, la présentation d’objets du quotidien marqués par le temps soulignait alors tout le travail d’embellissement et d’idéalisation à l’œuvre dans la publicité pour éveiller notre désir de posséder ces objets et nous approprier leurs valeurs sociales à travers la consommation.

En contrepartie, l’œuvre Patina présentée sur la fascine du Musée régional de Rimouski signale plutôt la valeur ajoutée à ces mêmes objets lors de leur intégration à une collection de musée ou lors de leur présentation au sein de cette institution. La structure habituellement dévolue à l’affichage de bannières publicitaires sert ici davantage à exprimer le contexte muséal sur la rue qu’à constituer un support de publicité proprement dite. L’usure et les traces de vieillissement visibles sur chacun des objets représentés se chargent ici d’une signification autre, liée à leur statut d’artéfacts, une «patine» le conférant une certaine beauté. Anne Ramsden nous montre cette valeur esthétique ou symbolique comme leur étant conférée par l’institution muséale plutôt que leur appartenant en propre. Cette dernière tend à idéaliser la banalité de leur vie active et à abstraire en partie leur nature d’objets utilitaires.

Déjà en 1977-1978, avec l’œuvre Relations Anne Ramsden s’intéressait à la mise en exposition propre à l’institution muséale et aux sentiments qu’elle provoque chez le spectateur à l’égard de l’objet. Ensuite, avec Masks (1988) réalisée dans un abribus de Vancouver dans le cadre de l’événement « AdVerse Practices » et Scent (1989) présentée lors de l’exposition « Légitimation », elle rapprochait les modes de présentation visuelle des objets propres à l’institution muséale et à la publicité. Dans Patina et Possession, Anne Ramsden met en œuvre, avec les mêmes images, une réflexion analogue sur leur contexte de présentation et son importance dans la signification.

DU MONUMENT À LA FASCINE DU MUSÉE L’ART PUBLIC AUJOURD’HUI

 Beaucoup de places publiques, sont ponctuées d’œuvres d’art commémorant des événements historiques, des faits d’armes et des personnes remarquables de notre patrimoine historique ou culturel.

Avec l’avènement de la modernité et du style international en architecture en particulier, il est souvent attendu que les œuvres d’art public prennent à leur charge la fonction ornementale auparavant dévolue aux moulures et autres ornements architecturaux. De cette époque date le premier arrêté en conseil du Gouvernement du Québec visant l’embellissement des édifices publics et appelé à devenir au début des années quatre-vingt l’actuelle Politique d’intégration des arts à l’architecture et à l’environnement des bâtiments et des sites gouvernementaux.

Il arrive donc que des œuvres réalisées dans le cadre de cette politique ajoutent une certaine touche d’esthétisme, de folie ou de mystère au cadre bâti, perçu comme étant dépourvu par nécessité. Elles servent aussi un besoin de symbolisme permettant d’identifier une institution donnée. Enfin, pour les artistes, elles sont l’occasion d’affirmer sans compromis un point de vue sur la place publique et suscitent en cela la controverse.

Certains artistes ont toutefois pris en charge la production d’œuvres indépendantes sur la place publique. Leurs pratiques sont nées d’un certain engagement à l’égard de la chose publique et des enjeux qui la traversent. Leurs œuvres soulignent souvent la nature même de l’expérience urbaine, la place toujours plus importante qu’y occupent les médias ainsi que les conditions et habitudes de vie que l’espace public impose. Sous forme d’affichage ou de mobilier urbain, d’installations marchandes ou de signalisation, elles forcent, un examen de la vie sociale que ces structures modulent, tout comme le propose Patina de Anne Ramsden.

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D’après les textes de médiation publiés lors de la présentation de Patina de Anne Ramsden, du 23 avril au 14 juin 1998, sur la fascine de la façade nord du Musée régional de Rimouski.

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