Patrick Altman, un projet sur la fascine attenante à la façade du Musée

Sur un projet de Patrick Altman réalisé pour la fascine du Musée régional de Rimouski soulignant les balises qu’impose la photographies à nos souvenirs et qui en altèrent les réminiscences, notamment ici dans le contexte muséal. (Français)

ÉCRANS ET BANNIÈRES

Dans l’actuelle série de présentations, la structure de fascine servant habituellement à l’affichage promotionnel du musée régional de Rimouski fait l’objet d’interventions d’artistes choisis : Eduardo Aquino de Montréal, Anne Ramsden de Vancouver, Phillip Barker de Toronto. S’ajoute aujourd’hui aux œuvres réalisées par ces artistes, un projet de Patrick Altman, photographe de la ville de Québec.

Structure ambiguë, la fascine constitue un écran qui exprime la limite physique de l’édifice du Musée en même temps que l’ouverture de l’institution à la collectivité à qui elle s’adresse. Située à un point névralgique, elle s’inscrit dans un paysage naturel et urbain marqué par des vestiges du développement de la ville.

Plus propice à la promotion d’événements qu’à provoquer une expérience artistique contemplative, cette structure suscite, lorsque utilisée pour des projets d’artistes, des comparaisons avec la publicité permettant de critiquer les contenus symboliques et le mode de fonctionnement de cette dernière. Au-delà de ses caractéristiques physiques, la fascine offre donc un contexte riche engageant non seulement sa forme mais aussi des questions sociales et politiques plus larges, soit, par exemple, la place et le rôle social du musée pour Patrick Altman et Anne Ramsden, ainsi que les enjeux de développement urbain pour Eduardo Aquino. Pour Phillip Barker, cette structure, servant alors d’écrans de projections simultanées, aura permis une appropriation poétique de ses qualités spectaculaires.

Ces artistes expriment chacun un point de vue personnel s’ajoutant aux intérêts privés, corporatifs et institutionnels qui s’affrontent dans la sphère publique au nom de l’intérêt collectif.

PATRICK ALTMAN

Artiste visuel et photographe, alors directeur du service de photographie au Musée national des beaux-arts du Québec, Patrick Altman s’intéresse aux effets du passage du temps sur la mémoire. En vertu de cette recherche, il se penche de façon systématique sur les remparts, tant personnels qu’institutionnels, que nous érigeons pour contrer l’oubli. Son travail est marqué par une analyse des collections et d’inventaires institutionnels et par une réactualisation d’archives personnelle dans lieux publics, en partie liés à ces souvenirs.

Dans les installations réalisées à Québec en 1993, lors de Chambres d’hôtel organisé par la Chambre blanche,  et en 1996 à l’Œil de Poisson, il mime l’accumulation de documents et de photographies, tirés d’une archive personnelle dans la première, et caractéristique de la collection de musée pour la seconde. Dans les deux cas, la disposition des images en colonnes et en rangées sur près des 2/3 de la surface du plancher nous empêche de les percevoir chacune individuellement, provoquant ainsi une certaine illisibilité. Il nous confronte ainsi à la perte qu’orchestre la préservation même de souvenirs et d’artefacts destinée à nous prémunir de l’amnésie provoquée par l’écoulement du temps.

À l’Hôtel Hilton en 1993, l’installation intègre autant des photographies originales de vagues à la surface de la mer que des photographies repiquées d’archives familiales ou de journaux d’époque. De même, l’installation sur le traversier Lomer-Gouin présentée en 1997 lors de l’événement Trois fois, trois paysages du Centre Vu, commémore l’histoire personnelle de l’artiste et l’histoire collective qui a marqué son destin singulier. À travers l’appropriation de documents anciens et l’évocation de souvenirs personnels, ces deux installations nous permettent d’évaluer les transformations que le passage du temps impose au passé et l’actualisation de ce dernier au présent.

Dans le même esprit, le projet conçu pour la fascine du Musée régional de Rimouski nous confronte directement aux moyens mis en œuvre pour garder intacts des objets muséologiques et mesurer les écarts intervenus dans leur documentation et leur conservation. Les photographies des réserves et des bureaux du Musée, les chartes de couleur et de gris servant à juger la justesse des reproductions photographiques sont autant d’indices de l’ampleur des mécanismes agissant ici pour contrer la perte de la présence réelle d’objets, d’un autre temps et d’un autre lieu, conservés au sein de l’institution. Somme toute, dans sa pratique antérieure et dans le projet présenté ici, Patrick Altman s’applique à faire ressortir, sans nostalgie aucune, la nature sélective de la mémoire et des mécanismes, tant individuels que collectifs, qui en perpétuent les souvenirs et en altèrent les réminiscences.

 

D’après les textes de médiation destinés aux visiteurs, lors de l’exposition de Patrick Altman, du 18 mai au 15 juin 2000, sur la fascine extérieure du Musée régional de Rimouski.

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