Art et architectures de mots : typologie lacunaire d’un dialogue

Sur des œuvres témoignant de la diversité́ des attitudes marquant l’intégration de l’art aux architectures de bibliothèques, d’archives ou de centres de documentation. | On works testifying to the diversity of the attitudes marking the integration of art to the architectures of the knowledge that are the libraries, archives or documentation centres. (Français | English)

ENGLISH FOLLOWS

Depuis le début des années 1980, l’application de la Politique d’intégration des arts à l’architecture et à l’environnement du gouvernement du Québec a constitué la principale avenue permettant aux artistes d’intégrer une œuvre aux bibliothèques, aux centres d’archives ou aux centres de documentation.

Réaliser une œuvre dans ces lieux présente toutefois des défis. Le calme relatif d’une salle de lecture offre malgré́ tout un contexte propice à l’appréciation d’une œuvre d’art. De plus, la bibliothèque rassemble des ouvrages dont les artistes s’inspirent et beaucoup s’approprient des documents et des artéfacts à la manière d’archivistes.

L’œuvre-signal

D’un point de vue institutionnel, l’art public s’inscrit souvent dans une stratégie de visibilité́ et certaines œuvres signalent la présence d’une bibliothèque à l’échelle du tissu urbain.

L’œuvre de Claude Lamarche, réalisée pour bibliothèque de LaSalle au Centre culturel L’Octogone, constitue, avec un certain humour, l’exemple le plus explicite de ce type d’intégration. L’œuvre se déploie comme une immense flèche jaune de 10 mètres de haut pointant en direction du sol, à proximité de l’entrée.

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Joelle Morosoli, Courbes et vent, 1990

Pour sa part, l’œuvre Courbe et vent (1990) de Joëlle Morosoli signale la présence de la bibliothèque Inter-municipale de Pierrefonds de manière plus discrète. Sur la façade principale de l’édifice, elle évoque la ramure d’un arbre ou les nervures d’une feuille. Constituée d’une partie murale fixe et de quatre composantes mobiles, elle se déploie en éventail, les éléments mobiles recouvrant progressivement la forme statique. Les mouvements évoquent la fermeture et l’ouverture d’un livre, en même temps qu’ils correspondent aux heures d’activité de la bibliothèque.

L’évocation livresque

Les œuvres de Karole Biron et de Gilbert Boyer ponctuent elles aussi les sites extérieurs des bibliothèques, mais à l’échelle de l’utilisateur plutôt qu’à celle de la place publique.

Sur la terrasse arrière de la bibliothèque Félix-Leclerc de Québec, Karole Biron a réalisé Le fil (2008), une sculpture constituée de plaques d’aluminium disposées de manière à évoquer un livre. Un cordon métallique relie la tranche de ces plaques. Dans leur partie supérieure, elles sont repliées, un peu à la manière des pages d’un livre dont les coins sont pliés en guise de signet. Cette sculpture-livre associe les gestes du sculpteur, du relieur et du lecteur marquant les pages. Elle évoque aussi successivement la matérialité́ du livre, la part constructive de la lecture et l’ouverture sur le monde que le livre permet.

Dans l’espace gazonné situé à l’arrière de la bibliothèque municipale de Châteauguay, au cœur du réseau piétonnier reliant les différents services municipaux, l’œuvre Codex (2003) de Gilbert Boyer se présente comme une superposition de cylindres en pierre, en acier et en acier poli miroir. Sa forme générale évoque le rouleau que le codex a peu à peu remplacé autour du IIIe siècle. Elle signale ainsi l’évolution des supports de l’écriture, du rouleau au livre (ou codex), jusqu’au disque laser qu’évoque la matière réfléchissante du cylindre supérieur.

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Gilbert Boyer, Codex, 2003

Au niveau du sol, le cylindre de pierre porte des inscriptions multilingues, présentées à la verticale, du bas vers le haut, évoquant ainsi les titres visibles sur des tranches de livres. Ces fragments de phrases dans les diverses langues des communautés servies par l’établissement, notamment le français, l’anglais, l’italien et l’espagnol, auxquelles s’ajoute une langue autochtone, témoignent de la diversité́ des cultures s’exprimant par l’écriture. En concordance avec son intérêt récurrent pour la commémoration du quotidien, Gilbert Boyer témoigne aussi de récits personnels, en même temps que de réflexions scientifiques. L’œuvre dresse ainsi un portrait du registre varié de l’expérience humaine consignée par les livres, alors que l’usage de langues variées renvoie à la multiplicité́ de ses modalités d’expression.

La ponctuation de l’espace

D’autres œuvres rythment l’espace intérieur des bibliothèques et s’intègrent ainsi de manière sensible à l’architecture qui les accueille. Je pense notamment à Il semble y avoir comme une pluie d’or (1983) de Micheline Beauchemin à la bibliothèque Gabrielle-Roy de Québec, à Convergence (2006) de l’artiste Bill Vincent, réalisée pour la bibliothèque de Charlesbourg et au Courant de la mémoire (2009) de Yechel Gagnon à la bibliothèque municipale de Sainte-Catherine.

Parmi les premières œuvres réalisées pour une bibliothèque au Québec, celle de Micheline Beauchemin consiste en une sculpture suspendue composée d’environ 50 000 lamelles métalliques enfilées individuellement à différentes hauteurs sur des fils d’acier à peine visibles. Elle occupe l’espace situé sous la verrière centrale de l’édifice et bordé sur quatre niveaux par les escaliers donnant accès à chacun des étages. Cette immense nuée reflète la lumière naturelle et artificielle ambiante et s’agite doucement en fonction des courants d’air. Sa composition organique renvoie au paysage naturel, à l’intérieur même de l’édifice. Le choix de matériaux réfléchissants, en harmonie avec les recherches de l’artiste sur les matières synthétiques, ajoute à l’apport de lumière naturelle de la verrière.

Également placée sous un lanterneau, l’œuvre de Bill Vincent domine la salle de lecture de la bibliothèque de Charlesbourg, dans l’axe de circulation reliant le comptoir de prêt aux espaces réserves aux ordinateurs. Élément central de l’architecture, l’œuvre sert de point de repère. Des images de végétaux imprimées ou gravées rappellent les planches que l’on trouve dans les ouvrages de biologie, alors que l’utilisation de boites lumineuses et de néons ajoute à l’apport de lumière naturelle.

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William (Bill) Vincent, Convergence, 2006

À la bibliothèque municipale de Sainte-Catherine, l’œuvre de Yechel Gagnon signale l’emplacement de la section consacrée à la lecture de détente. Elle crée un lien entre cet espace plus intimiste et les autres fonctions institutionnelles du lieu. L’utilisation du bois rappelle le matériau des poutres apparentes qui rythment le plafond. L’artiste utilise un contreplaqué qu’elle fabrique elle-même et qu’elle retravaille à la toupie. Du côté des fenêtres, un long panneau étroit fait référence au « lamellage » formant le contreplaqué. Vers la salle de lecture, une composition en creux laisse apparaitre les différentes essences de bois, en surfaces irrégulières évoquant à la fois la peinture et la calligraphie.

Un dialogue réflexif

Implantées dans l’architecture de manière à créer un dialogue avec l’espace, certaines œuvres expriment en même temps le point de vue personnel des artistes sur différentes questions liées à la bibliothèque, au livre ou à l’écriture.

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© Francine Larivée / SODRAC (2018), Le jardin secret, 1999-2000

Intitulée Le jardin secret (1999-2000), l’œuvre de Francine Larivée visible dans le hall central de l’édifice Gilles-Hocquart de Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ) à Montréal, se présente comme un immense meuble à tiroirs d’où émergent trois gigantesques prèles et un iris versicolore réalises en érable peint. Ce cabinet comporte sur ces faces avant et arrière 32 tiroirs contenant des spécimens naturels que l’artiste a collectionnés au fil des années et que le visiteur est invité à découvrir. Disposés avec délicatesse, ces cailloux, ces coquillages, ces bouts d’écorce et ces mousses séchées composent de petits tableaux vivants constituant à leur manière des archives personnelles de la démarche de l’artiste, marquée depuis plusieurs années par la promotion d’une conscience écologique.

Les figures de prèles visibles dans la partie supérieure de l’œuvre agissent aussi comme une réminiscence – presque préhistorique – des divers tronçons de la rivière Saint-Pierre qui sillonnaient à l’origine ce territoire, aujourd’hui assèché pour permettre l’extension urbaine. Profitant du rôle de gardien d’une mémoire collective dévolu à l’institution, Francine Larivée y dépose ce rappel historique visant à nous sensibiliser à notre empreinte environnementale. Emblème floral du Québec, l’Iris versicolore témoigne aussi de l’importance de l’eau et des milieux humides dans l’équilibre naturel du territoire.

Dans le contexte du projet du Centre de conservation de BAnQ, motivée par une volonté́ similaire de s’approprier la fonction de l’institution, Marie-France Brière avait proposé en concours une œuvre constituée d’éléments choisis de sa production, mis littéralement en dépôt dans une œuvre monumentale en façade. Habilement, elle soulignait ainsi les processus mêmes de dépôt légal et de conservation des documents qui sont à la base de l’institution, alors que ce dépôt stratégique d’œuvres de son corpus personnel militait en faveur d’une préservation équivalente de l’art de nos créateurs. Périodiquement, la disparition de certaines œuvres d’art public révèle d’ailleurs que son propos est toujours d’actualité́.

L’œuvre Vertige (2006) de Josée Dubeau se déploie sur deux étages dans la cage d’escalier de la bibliothèque municipale de Chelsea en Outaouais. Construite à partir d’un empilement de livres usages donnés par les citoyens, cette colonne torsadée qui s’élance du plancher au plafond rappelle par sa composition la colonne sans fin de Constantin Brancusi, un artiste bien connu de l’art moderne. Tout comme cette œuvre érigée à la mémoire des soldats roumains victimes de la Première Guerre mondiale, Vertige traite d’élévation spirituelle, mais évoque celle que procurent le livre et la lecture.

L’accumulation de volumes et le caractère daté de certains soulignent également le processus dynamique de constitution du savoir livresque, marqué par l’ajout continuel de nouveaux ouvrages et l’oubli de livres plus anciens. Cette modalité́ mouvante de la curiosité́ correspond à l’accumulation et à l’élagage au cœur de la fonction institutionnelle de la bibliothèque. Sur une plaque d’accompagnement, l’artiste résume d’ailleurs son œuvre ainsi : « Les mots se multiplient, les livres s’enlèvent et les rayons de bibliothèque s’étendent à l’infini. Quel vertige devant tous les savoirs du monde.»

Si l’œuvre de Josée Dubeau renvoie à un processus général d’acquisition des connaissances, celle de Pierre-Yves Dupuis intitulée Fossiles numériques (2001), réalisée pour la bibliothèque municipale de Brossard, évoque plutôt le geste individuel d’observer, à l’origine de l’interprétation du monde qui nous entoure et analogue à celui de déchiffrage qu’engage la lecture. Ce grand mur de verre, rythmé à intervalles réguliers par un ensemble de colonnes, délimite des espaces de rayonnages situés de part et d’autre et destinés respectivement aux adultes et aux jeunes. Une série de pictogrammes sont gravés dans le verre de chacune des sections, à trois hauteurs différentes. Un dispositif mobile, fixé sur un rail à la base de la cloison, permet de déplacer une loupe devant chaque dessin gravé, afin d’en examiner les détails. Au cœur de la bibliothèque, ce dispositif nous convie à nous arrêter pour lire ces motifs et refaire ainsi le geste d’observation au fondement du discours de connaissance.

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Thomas Corriveau, Un roman dans la ville, 1991

À la Bibliothèque multiculturelle de Laval, l’œuvre Un roman dans la ville (1991) de Thomas Corriveau isole les espaces réservés à la lecture des autres secteurs de la bibliothèque. Cette installation se compose de caissons représentant des édifices ouverts dont les fenêtres permettent de voir, à l’intérieur, des scènes peintes, inspirées de films ou de photos- romans. Énigmatiques, ces représentations ne concentrent pas le récit en une image, mais suspendent plutôt la narration en servant plutôt d’amorce à un récit personnel.

Des intégrations atypiques

D’autres projets d’architecture ont donné lieu à des intégrations d’œuvres d’art beaucoup plus atypiques. Par exemple, à la bibliothèque de l’Université́ Concordia, le collectif Effets publics, regroupant Rose-Marie Ekeberg Goulet, Alain Paiement, Randy Saharuni, Bernard Denis et Guy Bellavance, a réalisé en 1992, une œuvre éclatée qui se déploie à partir de l’atrium de l’édifice vers l’extérieur en façade et à l’étage, à proximité́ de l’entrée proprement dite de la bibliothèque.

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Effets public (Rose-Marie Goulet, Alain Paiement, Randy Saharuni, Bernard Denis et Guy Bellavance), 1992 © Rose-Marie Goulet / SODRAC (2018)

Une structure ajourée, fixée à une paroi du hall central de l’édifice, supporte des panneaux de verre transparents et translucides reproduisant des fragments de textes, de même qu’un ensemble de lettres métalliques de différents alphabets. Cette composition dynamique se répercute dans la disposition des tuiles de céramique au sol. À l’étage, à proximité́ de l’entrée, une structure ajourée présente des fragments de gravures anciennes permettant de reconnaitre une bibliothèque de l’époque. Des écrans vidéo intègres à ce dispositif de présentation diffusent l’activité́ ayant cours à des points névralgiques de l’établissement, notamment au photocopieur et au comptoir de prêt.

Au regard d’une intégration à l’architecture, cette œuvre complexe investit la totalité́ de l’espace, une implantation particulière qui parfois la masque au profit de l’édifice. Elle expose différentes facettes de l’évolution et du rôle institutionnel de la bibliothèque dans la constitution et la diffusion du savoir.

Lors de la réfection de la toiture au Musée régional de Rimouski, l’artiste Bruno Santerre a piloté un projet qui a permis à des artistes réunis en collectif de léguer chacun une œuvre sur papier à l’institution. L’ensemble est présentéé dans un cabinet, réalisé́ par Jacques Fournier, s’ajoutant au mobilier du centre de documentation de l’établissement. De même, lors de l’aménagement de la chapelle et de la bibliothèque du collège Jean-de-Brébeuf, René́ Derouin a cédé à la bibliothèque, à des fins de conservation, les fichiers ayant servi à la réalisation de son œuvre présentée en frise dans la salle d’étude attenante, aménagée simultanément.

Dans le contexte de l’application de la Politique d’intégration des arts à l’architecture et à l’environnement à la Grande Bibliothèque de BAnQ, les comités ont choisi d’intégrer un ensemble d’œuvres d’art, ce qui a donné lieu à un concours pour chacun des quatre lieux d’accueil établis. À l’issue de ce processus, Jean-Pierre Morin a réalisé, dans la cour surbaissée au coin de la rue Berri et du boulevard De Maisonneuve, une immense sculpture d’aluminium et d’acier représentant à la fois une structure atomique et un gigantesque arbre de la connaissance. Dans le couloir du sous-sol, entre les salles de réunion et la salle d’exposition, Louise Viger présente une œuvre lumineuse s’inspirant du souffle d’une phrase et des saisons. Malheureusement, l’éclairage fonctionnel du corridor en atténue beaucoup l’effet et, du même coup, toute la poésie. Dans les jardins, à l’arrière de l’édifice, deux lots accueillent des installations de Roger Gaudreau, Le jardin punk et Le jardin civilisé. Ces œuvres renvoient au caractère urbain du quartier et à la faune de marginaux qui le fréquente. À l’origine, elles devaient être les premières d’une série d’autres, réalisées pour les différents lots du jardin et constituant à moyen terme une « bibliothèque » de projets. À ce jour, cette bonne idée ne semble pas près de se concrétiser.

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Dominique Blain, Le lieu de la présence, 2005

À proximité́ de l’entrée latérale de l’édifice, du côté de la ruelle Savoie, Dominique Blain a réalisé Le lieu de la présence (2005), une installation assez complexe. Habituellement utilisée comme point de repère sur une carte, la mention «Vous êtes ici» est gravée dans le verre de la fenestration. Lorsqu’on approche de l’édifice, elle éveille notre conscience à notre « ici et maintenant ». Sur l’ensemble de la paroi, une multitude de silhouettes de piétons traduisent l’expérience de marche telle qu’elle est vécue ailleurs dans le monde. Ce motif simple souligne la nature variée de cette activité́ anodine dans différents contextes économiques et sociaux. Sur le dessus des tables meublant le hall, des cartes historiques représentent le site de l’édifice à travers le temps et évoquent ainsi l’évolution de nos conditions socioéconomiques. En proposant une comparaison de nos conditions de vie avec celles de gens vivant ailleurs, de même qu’avec celles des gens nous ayant précédés, l’ensemble nous place devant les réalités multiples des individus, ailleurs dans le monde et dans le continuum historique.

Art et bibliothèques du XXIe siècle.

À l’ère du numérique, un espace virtuel de données se greffe maintenant à l’espace réel de la bibliothèque. Dans une œuvre réalisée pour la bibliothèque de North Vancouver, Alan Storey a investi l’espace numérique de la bibliothèque. Intitulée Wilbur’s Web, son œuvre consiste en deux écrans circulaires à diodes lumineuses parcourant alternativement de haut en bas l’espace situé sous les puits de lumière. Au fil de ces mouvements, chacun des écrans affiche à des points donnés de son parcours des mots, des phrases ou des titres de livres, extraits des ouvrages mis en circulation et enregistrés dans la base de données de la bibliothèque. Ces citations tirées d’un flux d’information textuelle apparaissent comme des éléments statiques en suspension dans l’espace que le parcours de l’écran révèle.

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Alan Storey, Wilbur’s Web, 2008-2011

À la bibliothèque de Seattle, George Legrady a lui aussi intègré une œuvre qui se greffe au logiciel de gestion de collection. Intitulée Making Visible the Invisible (2005-20014), son œuvre consiste en six écrans à diodes lumineuses, similaires à ceux utilisés pour afficher les indices boursiers. Installés au-dessus du comptoir de référence, ces écrans affichent, en séquences, des renseignements tirés de la base de données, en fonction des emprunts et des retours de documents à la bibliothèque et au sein de son réseau d’établissements.

Dans un premier temps, le dispositif compile et affiche les statistiques d’entrée et de sortie des documents en fonction de leur type: livres, DVD et CD. Ensuite, les titres des documents s’inscrivent, en rouge pour les ouvrages imprimes et en vert pour les CD et les DVD; viennent ensuite les cotes et les mots clés. En une vingtaine de minutes, l’ensemble nous donne à voir un panorama des ouvrages consultés ou empruntés et de leur contenu, un peu en décalage avec ces transactions en temps réel, afin de protéger l’identité́ des individus auxquels elles sont liées. Notre rapport aux ouvrages et aux documents, de même que l’évolution des supports qui nous les rendent accessibles, s’affiche alors sous nos yeux, témoignant notamment de la part relative qu’y occupe maintenant l’imprimé et de l’importance croissante de leur fonction de divertissement, par opposition à la diffusion du savoir.

Au Québec, peu d’œuvres témoignent de l’importance qu’ont prise les nouvelles technologies dans les bibliothèques. Les deux exemples décrits plus haut ouvrent un champ de possibilités infini à ce type d’interventions, liées intrinsèquement à l’évolution du rôle de l’institution.

Par ailleurs, les bibliothèques sont également devenues bien plus qu’un lieu de gestion d’emprunts et de consultation d’ouvrages. Elles organisent ou présentent de nombreuses activités culturelles. En 2006, à l’occasion de «Champ libre», une manifestation vouée à la diffusion d’art électronique in situ, plusieurs installations temporaires sur le thème de la cité invisible ont enté présentées à la Grande Bibliothèque de BAnQ.

Radicaux Libres, Jean Dubois et Philippe Jean.

jean Dubois et Philippe Jean, Radicaux libres, 2006 (Septième manifestation internationale de vidéo et art électronique de Montréal)

Des six installations réalisées à cette occasion, j’ai retenu Radicaux libres (2006) de Jean Dubois et Philippe Jean. Cette œuvre interactive consistait en la projection d’un flux continu de lettres et de mots qui s’agglutinaient aux pieds des visiteurs lorsqu’ils montaient ou descendaient le grand escalier bordant le hall principal de l’édifice. Le dispositif provoquait ainsi une poésie concrète, associant librement les mots au gré́ du dispositif et liant leur lecture à une déambulation dans l’espace. Aujourd’hui, le Partenariat du Quartier des spectacles de Montréal investit régulièrement la façade de l’édifice. Il nous faudra un jour distinguer dans ce spectacle urbain ce qui relève du divertissement et nous conforte dans nos habitudes, des réelles interventions artistiques, ancrées dans une réflexion plus large sur le monde.

J’ai tenté ici de décrire sommairement quelques œuvres choisies, sur près d’une centaine de projets dont je me souvenais très bien. Mon texte vise avant tout à témoigner des possibilités multiples d’intégration d’œuvres d’art à l’architecture des mots et des images. Comme en matière d’architecture, leur richesse passe souvent inaperçue. Il m’importait donc de dresser une typologie sommaire des avenues déjà̀ explorées. La diversité́ de ces œuvres permettra, je l’espère, d’en imaginer d’autres, ou encore d’attirer notre attention vers celles que l’on côtoie au quotidien, mais qui disparaissent derrière nos habitudes.

Au-delà̀ de la controverse qu’il suscite parfois, l’art public bénéficie de peu d’attention critique. Mon souhait serait que ces descriptions suscitent un intérêt plus soutenu pour ces œuvres, de sorte qu’un jour, leur contribution à une culture vivante soit évaluée à sa juste valeur. C’est en effet l’appropriation et l’investissement dont elles seront l’objet qui seront garants de leur pérennité́.

Ce texte constitue en une version abrégée du texte publié dans l’ouvrage Architecture de la connaissance au Québec, dirigé par l’architecte Jacques Plante, Les Publications du Québec, avril 2013, toujours disponible en librairie.

ENGLISH

The Art and Architecture of Words: An Incomplete Typology of a Dialogue

Since the early 1980s, the application of the Québec government’s policy on the integration of the arts into architecture and the environment[1] has been the main enabling legislation for artists wishing to execute works in public institutions such as libraries, archives and documentation centres. Such places do, however, present artists with a host of challenges. These often crowded spaces serve a variety of ends: reading is one, of course, but they also offer welcoming activities, workshops and venues for intellectual work, in addition to housing a sizeable functional infrastructure comprising loans and reference desks, offices and spaces reserved for computers and shelving. The relative calm of a reading room offers, nonetheless, a setting conducive to the execution and appreciation of art. On the one hand, libraries bring together a wealth of narratives and knowledge that artists are drawn to as sources of inspiration; on the other hand, many artists currently appropriate documents and artefacts in ways reminiscent of the practices of archivists and museum curators.

In Vingt ans d’intégration des arts à l’architecture et à l’environnement, 1981-2001,[2] Lisanne Nadeau rightly points out that the integration of artworks into architectural settings now goes beyond simply adding a decorative element—a presupposition reflected in the first Québec government decree aimed at embellishing government buildings and enshrining the integration of art into architecture up until the early 1980s.[3] A wide range of attitudes now informs the integration of art into architecture, or more precisely, the encounter between works of art and the people who frequent architectural venues. This complexity is clearly expressed, moreover, in works that are incorporated into the “architectures of words and images,” to paraphrase the title of this book. Relying partly on the architectural projects celebrated in this book, I have selected a set of works drawn from memory and reflecting my personal preferences, in order to paint a picture of this multiplicity. My selection is also partly shaped by the paths taken by individuals as they gradually make their way through the interior space of libraries.

 Signpost Works

Public art is inscribed, first and foremost, within a strategy of visibility, and some works signal the presence of libraries on a scale commensurate with that of the urban fabric. The most compelling example of this type of integration owes its existence to Claude Lamarche; it consists of an immense yellow arrow 10 feet high that points toward the ground near the main entrance of the Octogone cultural centre, which houses the LaSalle municipal library in Montreal.[4] Similarly, a work by Joëlle Morosoli signals the presence of the Pierrefonds intermunicipal library but does so in a more discreet manner. Visible on the building’s main façade, Courbe et vent (1990) evokes tree boughs or leaf veins in a way that integrates the piece into its landscaped setting. The work is made up of a fixed wall element and four mobile components that fan out sequentially. By mid-cycle, the mobile elements have entirely covered the wall fixture. A timer keeps the mechanism operating during the library’s opening hours, telling passers-by when the library is accessible to them. The piece’s movements evoke the actions of opening and closing a book. Seen from the street, this private act of turning pages invites people to drop in to the library.

 Allusions to Books

Works by Karole Biron and Gilbert Boyer also punctuate spaces outside libraries, but on the scale of the user rather than that of public space.

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Karole Biron, Le fil, 2008

On the terrace behind the Félix-Leclerc library in Quebec City, Karole Biron has installed a sculpture entitled Le fil (2008). This is made up of vertically stacked aluminum sheets that, taken together, evoke the image of book. A metal cord binds the sections together like a thread. The upper sections are folded and creased somewhat in the manner of pages that have been dog-eared to keep the reader’s place. Through a play of resemblances, this sculpture/book becomes associated with the actions of a bookbinder and the constructive work of a reader marking pages. The work also successively evokes the materiality of books, the constructive aspect of reading and, by referencing the tradition of origami, the openness to the world that reading makes possible.

In the grassy space behind the Châteauguay municipal library, amid the walkways connecting the various service outlets, is Gilbert Boyer’s Codex (2003). This is a stack of cylinders in stone and steel, the latter polished and unpolished. The overall shape of the work is reminiscent of a scroll—scrolls were gradually replaced by codices sometime around the third century C.E. The piece points to the evolution of writing surfaces towards greater textual compactness, from the scroll and the book (or codex) to the compact disc, as evoked by the reflecting surface of the top cylinder. The stone cylinder at ground level bears inscriptions in various languages; these are arranged vertically from bottom to top in a manner that recalls the titles visible on book spines. These snippets of sentences, in the languages of the communities served by the establishment—French, English, Italian and Spanish, among others—attest to the diversity of cultures sharing this means of expression. In accordance with his recurring interest in the commemoration of everyday events, Boyer gives us personal narratives along with scientific reflection. Codex paints a portrait of the manifold register of human experience as recorded in literature, while the use of different languages alludes to the multiplicity of literature’s means of expression. Perfectly visible from the library’s interior, Boyer’s work reminds users of the diversity and complexity of the world that the institution makes accessible in a civic space placed at the disposal of citizens.

 The Punctuation of Space

Other works punctuate library interiors and become part of their host sites in distinctive ways. I have in mind works such as Micheline Beauchemin’s Il semble y avoir comme une pluie d’or (1983) at the Gabrielle-Roy library in Quebec City; Bill Vincent’s Convergence (2006), executed for the new premises of the Charlesbourg library in Quebec City; and Yechel Gagnon’s Courant de la mémoire (2009) at the Sainte-Catherine municipal library.

One of the first works executed in a Quebec library, Micheline Beauchemin’s piece consists of some 50 000 metal strips suspended at different heights from barely visible steel threads.[5] It rises for four stories beneath the building’s central skylight, which overlooks the stairs leading to the various floors. This huge cloud, reflecting natural and artificial light, stirs slightly as air currents move through it. Its organic composition harks back to natural landscapes, to the inside of the building. The artist’s choice of reflective material, consistent with her research into synthetic materials, adds to the natural light filtering in through the skylight. Appreciated by the library’s users and staff, the work has been cleaned several times since its installation despite the complexity of the work involved.

Also placed under a skylight, Bill Vincent’s work overlooks the reading room of the new Charlesbourg library, reflecting—this time in the abstract sense of term—the axis connecting the loans counter to the computer room. The work comes across as a central element one can use to get one’s bearings. The composition’s printed and engraved images of plants are reminiscent of the plates typically seen in works of biology, while the use of light boxes and neons complements the natural lighting.

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Yechel Gagnon, Le courant de la mémoire, 2009 (1of 2 elements)

Installed high on a panel in the main foyer of the Sainte-Catherine municipal library, Yechel Gagnon’s work marks off the section devoted to light reading and connects this intimate space to the library’s other institutional functions. The wood used in the piece recalls the material of the exposed beams that fret the ceiling. The artist uses custom-made plywood and reworks her materials using a wood shaper and scissors. On the side of the panel, facing the windows, a long narrow panel alludes to the “laminating” process used to make plywood. In the vicinity of the reading room, the hollow composition yields glimpses of different wood species— tulipwood, maple, walnut, spruce and bloodwood—displaying irregular surfaces scored by natural imperfections. The piece as a whole is evocative of painting and calligraphy.

A Reflexive Dialogue

Embedded in the architecture in a way intended to create a dialogue with the space, some artworks also express artists’ personal viewpoints on various questions relating to libraries, books and literature.

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© Francine Larivée / SODRAC (2018) , Le jardin secret, 1999-2000 (détail)

This is true of Francine Larivée’s monumental Le jardin secret (1999-2000), visible in the central interior court of the Gilles-Hocquart building, which houses the archives branch of the Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ) in Montreal. The piece resembles a huge filing cabinet. Emerging from it are three enormous horsetail stalks and an iridescent iris made from painted maple. The front and back of the cabinet each contain 32 drawers that visitors are invited to open. The drawers house a variety of natural specimens ranging from stones and seashells to tree bark and dried moss, which the artist has avidly collected down through the years. Placed delicately in the drawers, these objects form tiny tableaux vivants. In their own way they constitute a personal archive of the artist’s practice, which for many years has involved the active promotion of ecological consciousness. The horsetails visible in the upper part of the work function as (quasi-prehistoric) recollections of the various branches of the Saint-Pierre River that originally wound their way through this territory, now drained in the interests of urban sprawl. Taking advantage of the institution’s role as a guardian of collective memory, Larivée leaves a personal legacy to make us aware of our environmental footprint. The iridescent iris, the new floral emblem of Québec when the Saint-Pierre was still flowing, also attests to the importance of water and wetlands in maintaining the balance of nature.

Working within the context of BAnQ’s conservation centre project, and motivated by a similar desire to appropriate the function of the institution, Marie-France Brière submitted a proposal for a piece composed of selected elements from her own body of work, which were to be literally deposited, as part of a monumental work, at the front of the building.[6] She astutely emphasized the legal deposit and conservation processes that underly the institution, while the strategic deposition of elements from her personal body of work militated in favour of an equivalent concern with preserving works of art by our own artists. The current state of some public art works, even recent ones, shows moreover that Marie-France Brière’s idea is still relevant.

Josée Dubeau’s Vertige (2006) extends for two floors up into the stairwell of the Chelsea municipal library in Outaouais. Made from a pile of used books contributed by the local population, this column spiralling up from the floor toward the ceiling recalls the Endless Column of Constantin Brancusi, an artist well known to the world of modern art. Like Brancusi’s piece, a moment to the memory of the Romanian soldiers killed in World War I, Vertige deals with spiritual elevation; but it is particularly evocative of the form of spiritual elevation that comes from books and reading. The accumulation of volumes and the dated character of some of them also highlight the dynamic process involved in the construction of book knowledge, achieved by constantly adding new works and forgetting older ones. This moving mode of individual curiosity corresponds to the building up and culling of book collections, tasks that constitute the library’s institutional function. On an accompanying plaque the artist sums up her work as follows: “Words proliferate, books rise up and the library’s shelves extend to infinity.  What vertigo when faced with the entire world’s knowledge.”

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Pierre-Yves Dupuis, Fossiles numériques, 2001

While the work of Josée Dubeau alludes to the overall process of knowledge acquisition, Pierre-Yves Dupuis’s Fossiles numériques (2001), executed for the Brossard municipal library, evokes the individual act of observation that shapes the interpretation of the world around us, an act analogous to the deciphering involved in reading. This vast glass wall, punctuated at regular intervals by a set of columns, marks off shelving space in areas intended, respectively, for adults and young people. A three-tiered series of pictograms illustrating objects, animals and human figures, among other things, is engraved on the glass of each section. A mobile apparatus attached to rails at the wall’s base ferries a magnifying glass that stops to scrutinize the details of each engraving. Located squarely within the library, this device invites us to pause and decipher the motifs and, in the process, to repeat the act of observation that provides the foundation for learned discourse.

At the Laval municipal library, Thomas Corriveau’s Un roman dans la ville (1991) also functions as a partition separating reading rooms from other sections of the library. This installation is made up of sculptures representing open buildings through whose windows one can see painted scenes inspired by films or fotoromanzi. These enigmatic depictions do not concentrate narratives into a single image but suspend narration so that readers can project their own stories onto them.

Atypical Integrations

Other projects have given rise to much more atypical modes of integrating artworks into architecture. For example, in 1992 at the Concordia University Library, the Effets publics collective (Rose-Marie Ekemberg Goulet, Alain Paiement, Randy Saharuni, Bernard Denis and Guy Bellavance) used the motif of the spiral as a starting point to generate an exploded piece that extends up and outwards from the building’s atrium near the library’s main entrance. An openwork structure attached to a wall in the foyer supports transparent and translucent panes of glass inscribed with fragments of text along with a series of metallic letters from different types of alphabets. This dynamic composition is echoed in the arrangement of ceramic tiles set on the floor. Close to the entrance to the second floor, an openwork structure supporting glass panels extends into the space. On it are fragments of old engravings showing a library from bygone days. Video screens incorporated into this display device show what is happening at the building’s nerve centres, particularly around the photocopy machine and the loans counter. This complex work is distributed in a diffuse manner throughout the space, which sometimes masks it to let the building predominate. More concentrated on the second floor, the work displays various facets of the evolution and institutional role of the library in the constitution and dissemination of knowledge.

EFFETPUBLIC-Photo_Louis-Antoine Blanchette_MCCCF

Effets public (Rose-Marie Goulet, Alain Paiement, Randy Saharuni, Bernard Denis et Guy Bellavance) 1992. © Rose-Marie Goulet / SODRAC (2018)

When the roof of the Musée régional de Rimouski was undergoing repairs, artist Bruno Santerre piloted a project (under the terms of the Politique d’intégration des arts à l’architecture et à l’environnement) that enabled a group of artists to leave individual works on paper to the institution. These works were all presented together in a cabinet made by Jacques Fournier, and this cabinet became part of the furniture in the building’s documentation centre. Likewise, during the renovation of the chapel in the library at Collège Jean-de-Brébeuf, René Derouin gave the library the files he had used around the same time to make a work that forms a frieze in the adjoining study room.

In applying the Politique d’intégration des arts à l’architecture et à l’environnement at the BAnQ Grande Bibliothèque, the committees decided to integrate a set of artworks, and this gave rise to competitions for each of the four selected reception areas. At the end of this process, Jean-Pierre Morin executed an enormous aluminum and steel structure representing both an atomic structure and a giant tree of knowledge in the sunken court at the corner of rue Berri and boulevard De Maisonneuve. In the basement corridor, between the meeting rooms and the exhibition space, Louise Viger worked with light to create a piece inspired by the breath of a phrase and the seasons. Unfortunately, the functional lighting in the corridor considerably attenuates the effect of the piece and, by the same token, its considerable poetic charge. In plots of land in the gardens behind the building are two installations by Roger Gaudreau, Le jardin punk and Le jardin civilisé. These works allude to the urban character of the neighbourhood and the marginal figures who hang out there. These two pieces were originally intended to be the first in a series to be executed for the various sections of the garden; they were meant to be, in the medium term, a “library” of projects. So far, this fine idea does not appear to be on its way to completion.

Close to the side entrance of the building, on the Savoie alley side, Dominique Blain created a rather complex installation. The sentence “You are here,” which is often printed on maps to help people get their bearings, is engraved on the glass at the centre of the windows near the doorway providing access to the building. As you approach the building, it makes you aware of your place “here and now.” Across the full expanse of the wall, numerous silhouettes of pedestrians convey the experience of walking as it is experienced elsewhere in the world. This simple motif underscores the varied nature of this innocuous activity in different socioeconomic environments. Historical maps on tables placed in the hall represent the site of the building down through time and evoke the evolution of our socioeconomic conditions. By comparing our living conditions with those of people living elsewhere, as well as those of people who have preceded us, the piece as a whole places us squarely before the multiple realities of individuals elsewhere in the world and down through history. It also attests to the interpenetration and interdependence of the private and public spheres, particularly with regard to economic conditions. To do this, the work relies on reproductions of documents compiled by the institution, documents that make this awareness possible.

Art and the Libraries of the 21st Century

In this era of digital media and social networks, a virtual space of data and information is now being grafted onto the real space of the library. With a work executed for the North Vancouver Library, Alan Storey has found a way to inhabit the library’s new digital space. His piece, entitled Wilbur’s Web, consists of two circular LED screens that move up and down through the space in the buildings’ two light wells. At specific points in their ascent and descent, the screens display words, phrases and book titles, excerpts from works on loan from the library and recorded in its database. These quotations pulled from the flood of textual elements appear as static elements suspended in space and revealed by the moving screens.

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George Legrady, Making Visible the invisible, 2005-2014

At the Seattle Public Library, George Legrady has also grafted a work of art to the kind of digital data management software that one now finds in all libraries. Entitled Making Visible the Invisible: What the Community is Reading, Legrady’s work consists of six LED screens similar to the ticker displays used on the stock exchange. Installed in a row above the reference desk, these screens display sequences of information about library materials checked out from and returned to the library and its network of affiliates. The device initially compiles and displays checkout and return statistics for various types of documents: books, DVDs and CDs. Then the titles of the materials appear, in red for print materials and green for CDs and DVDs, followed by Dewey Decimal System numbers and keywords. Over twenty-minute periods we see panoramas of the works consulted or borrowed, and learn about the type of content involved. This operation is deliberately out-of-sync with real-time transactions, in order to protect the identities of the individuals associated with them. Our relationship to the books and other documents, and to the evolution of the supports that make them accessible to us, is displayed right before our eyes, attesting to the relative role now played by printing and the increasing importance of entertainment, as opposed to the spread of knowledge.

In Québec, few works convey the importance that the new technologies have assumed in libraries, particularly through database management and network hook-ups. The two immediately preceding examples open an infinite field of possibilities for interventions of this type, intrinsically connected with the evolution of the role of libraries.

Libraries, for their part, have become much more than places concerned with loans management and on-site reference services. They also organize and present numerous cultural activities. In 2006, during Champ libre, an event devoted to the dissemination of site-specific electronic art, a number of temporary installations on the theme of the invisible city were presented at BAnQ’s Grande Bibliothèque. Of the six installations done for this event, I have selected Radicaux libres by Jean Dubois and Philippe Jean. In this interactive work, a continuous stream of projected words and letters clustered at the feet of visitors as they went up and down the central staircase bordering the building’s main hall. The device generated a form of concrete poetry as it brought words together in free associations and connected their reading to the process of moving through space. The other artists who took part in the project were Jean-Pierre Aubé, Paul Landon, Philippe Pagé-Desrues and Guylaine Séguin, along with the Spanish artist Francisco Lopez. Currently, the Partenariat du Quartier des spectacles in Montreal is making use of various installations that interact with the front of the building. One day we shall have to distinguish the entertainment component of this urban spectacle from true artistic interventions rooted in broader reflections on the world.

I have tried in this essay to briefly describe a few selected works out of about a hundred projects that I remember quite clearly. In doing so, I have wanted above all to show the numerous possibilities afforded by the integration of artworks into the architecture of words and images. As often happens in the world of architecture, the richness of such pieces often goes unnoticed. I have considered it important, therefore, to construct a brief typology of some already explored areas. The diversity of these works will enable us, I hope, to imagine others, or draw our attention to others that we walk by daily without giving them a second thought. Apart from the controversies it sometimes generates, public art receives very little critical attention. It is my wish that my descriptions, brief as they may be, will lead to more exhaustive commentary on these works and others like them, so that one day their contribution to our vibrant culture is given the credit it deserves. Our understanding of them and our engagement with them will, in the end, guarantee their durability.

Translated by Donald McGrath

[1] Politique d’intégration des arts à l’architecture et à l’environnement du gouvernement du Québec. See www.mcccf.gouv.qc.ca. Click on Arts visuels, architecture et métiers d’art, and on Panorama du secteur (accessed in May 2012). This information is available in French only.

[2] Lisanne Nadeau et al., Vingt ans d’intégration des arts à l’architecture et à l’environnement, 1981-2001, Publications du Québec, 2004.

[3] Politique d’embellissement des édifices publics (roughly, policy on the embellishment of public buildings). The Ministère des Travaux publics was responsible for implementation.

[4] This piece by Claude Lamarche, entitled Signal (1984), can be seen in Deny Arcand’s film The Decline of the American Empire.

[5] To see a photograph of the work, go to http://fr.wikipedia.org/wiki/Bibliothèque_Gabrielle-Roy (last accessed in May 2012).

[6] The committee did not, however, accept this proposal.

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