Pascal Dufaux. Se surveiller voir.

Autour d’une exposition à la galerie Christian Lambert et Roger Bellemare de Montréal, du 15 novembre 2014 au 17 janvier 2015. (Français)

Dans le cadre de trois expositions consacrées respectivement à Dominic Papillon, Mathieu Gaudet et Pascal Dufaux, la galerie Christian Lambert et Roger Bellemare présente un corpus cohérent d’œuvres photographiques, sculpturales ou vidéo-cinétiques récentes de Pascal Dufaux. À une série de machines intitulées Sondes[1], correspondant au travail pour lequel il est le plus connu, s’ajoutent des photographies et de nouveaux dispositifs, Vanités et Orbitres[2], montrés pour la première fois. Ces derniers étonnent et jettent un nouvel éclairage sur l’ensemble de la pratique de Dufaux.

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Sondes, 2014 (g) et Vanités, 2014 et une photographie de Images échappées, 2010 (dr) (Photo : Guy L’heureux

Dans un texte paru en 2013, j’abordais la persistance dans ses œuvres, de dispositifs historiques et des traditions du portrait et du paysage, que redéfinit toutefois son recours à la technologie. À la lumière du travail plus récent, j’interprète sa démarche comme une archéologie de la visualité actuelle, puisant aux ressources de la tradition artistique, de l’expérience du visible modulé par la technologie, de la science-fiction et de souvenirs personnels. En apparence éclectique, sa démarche relève toutefois d’une réflexion englobant les cultures numérique et matérielle.

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Pascal Dufaux, Vanités, 2014 (1 de 3) (Photo : Guy L’heureux)

La majorité des œuvres présentées ici se déploient autour de caméras de surveillance et évoquent l’omniprésence de la télésurveillance dans nos sociétés contemporaines. Dans la série Vanités, des caméras enrobées d’un modelage sculptural, dirigées vers des éléments de plastique ou de verre, filment l’espace environnant au travers ces vestiges d’accessoires décoratifs. L’image captée à travers ces prismes apparaît alors trouble, brouillée par la matière même d’éléments parasites. Cette distorsion évoque, en l’exagérant, l’impact de la lentille sur la vision, un effet que tend à faire oublier la présumée transparence du dispositif. Par ailleurs, l’ensemble des œuvres exposées fait également intervenir des écrans de formats variés, de la taille d’un moniteur à celle d’un téléphone portable. S’ajoutent une photographie des Images échappées et des clichés sous verre de la série Infra-rouge avant la nuit, reproduisant le rendu d’images de basse résolution proliférant aujourd’hui, mais évoquant également les négatifs de verre et le flou des toutes premières photographies.

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Pascal Dufaux, Sondes, 2014 ( 1 de 3) (Photo : Guy L’Heureux)

Dans la série Sondes, le balayage continu de l’espace d’exposition, filmant à la fois les gens présents en galerie, les machines se captant les unes les autres et les images qu’elles produisent, renvoient aussi à une dynamique de vision caractéristique de l’intégration de la technologie à la culture visuelle. Les différentes formes de l’écran, du téléphone portable à la projection de grande dimension, contribuent aujourd’hui à une certaine ubiquité de l’image, au service d’un outil individuel installé dans les foyers, mais débordant aussi dans les rues et migrant vers l’espace public où des écrans géants ou des projections servent à créer une ambiance. La technologie favorise ainsi une continuité dans le flux des images, autorisant la mobilité des personnes, en dehors d’un face à face marqué par un certain immobilisme. Ce nouveau régime de vision ne fonctionne plus comme une fenêtre ouverte sur le monde, mais se déploie à partir de nœuds permettant une retransmission ininterrompue du visible, enveloppant le regardeur inscrit en son centre. L’œuvre Orbitres met d’ailleurs en scène cette dynamique sur un seul écran où se superposent les images captées par chacune des quatre caméras qu’elle abrite.

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Pascal Dufaux, Orbitres, 2014 (Photo : Guy L’Heureux)

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Pascal Dufaux, Orbitres, 2014 (Photo : Guy L’Heureux)

Extrait d’un article publié dans Espace art actuel, no. 110 aussi disponible sur la plateforme Érudit.

[1] Des œuvres d’abord nommées Machines de vision # 5, #6 et #7.

[2] Un œuvre dont le titre de travail fut Machine de vision # 8

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