Passés au présent. Inventer demain.

En 2017, le Symposium international d’art contemporain de Baie-Saint-Paul abordait la question de l’histoire et la construction historique. / In 2017, the International Symposium of Contemporary Art of Baie-Saint-Pault addressed the question of history, and its construction. (Francais / English)

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Fondé en 1982 par Françoise Labbé sous le nom de Symposium international de la jeune peinture du Canada, le Symposium international d’art contemporain de Baie-Saint-Paul est un évènement unique au Québec, reconnu tant au Canada qu’à l’étranger. Chaque année, pendant un mois, douze artistes de différentes générations et de disciplines variées créent devant public autour d’un thème.

Le Symposium, 35 ans en 2017

Au cours des 35 dernières années, le Symposium a accueilli au-delà de 500 artistes provenant de 30 pays d’Europe, d’Amérique, d’Asie et d’Afrique. Parmi lesquels figurent des artistes de renom : Raymonde April, René Derouin, Marc Séguin, Françoise Sullivan et le groupe BGL du Québec. Des artistes canadiens bien connus tels que Rebecca Belmore, Shary Boyle, Tammi Campbell, Herménégilde Chiasson et Graeme Patterson, y ont aussi déjà présenté leur travail.

Sous ma direction artistique, le Symposium a servi de tremplin aux artistes québécois Christopher Boyne, Mathieu Cardin, Annie Descôteaux, Camille Bernard-Gravel, Samuel Breton, Geneviève Chevalier et Frédéric Cordier et nous a fait découvrir Nicole Bauberger du Yukon, Michèle Mackasey de Saskatchewan, Mireille Perron d’Alberta, ainsi que Mirimari Vayrinen de Finlande, Thibault Laget-ro, Bernard Pourrière et Anne-Sophie Turion de France et Momar Seck de Suisse et du Sénégal.

Passés au présent. Inventer demain

Les artistes ne souscrivent plus à la notion de progrès de l’histoire, mais puisent plutôt largement à ses ressources. Dans ce contexte, l’art contemporain produit, performe et représente l’histoire autrement. Les artistes s’approprient le passé, le ré-interprètent et le rejouent afin de réinventer nos manières de voir et d’envisager l’avenir de manière inédite.

  • Voici, parmi d’autres, des pistes de réflexion liées à ces questions :
    L’oubli et la mémoire
    Les inclus et les exclus de l’histoire
    Les micro récits historiques
    La mise en ruines
    Anachronismes, parachronismes et uchronies
    Le voyage dans le temps
    L’archéologie du futur
    L’idée de progrès
    L’utopie

Sélectionnés à la suite d’un appel à projets ou invités par la directrice artistique, les artistes alors présentés traitent chacun à leur manière de l’oubli et de la mémoire, des exclus de l’histoire, des idées de progrès et d’utopie, ou explorent les anachronismes, les micro-récits historiques, la mise en ruine et la projection futuriste et les voyages dans le temps.

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Sara Létourneau et Magali Baribeau-Marchand, Symposium d’art contemporain de Baie-Saint-Paul, 2017. Photo : René Bouchard

Magali Baribeau-Marchand et Sara Létourneau (Saguenay, Qc) s’approprient des objets usuels abandonnés. Elles réactivent leur cycle de vie en les intégrant à des installations. Elles réalisent des œuvres qui suscitent l’émerveillement, notamment autour de l’idée de commémoration et d’hommage. Les artistes réaniment ainsi la charge affective des objets et un savoir-faire artisanal, tout en se penchant sur les moments de passage marquant la vie humaine et les cycles de transformation de la nature.

Au Symposium, elles ont mis de l,avant les rites de commémoration, à partir de fleurs artificielles abandonnées et glanées dans les cimetières de Charlevoix.


Elles se sont d’abord engagées dans une cueillette des fleurs jetées ou emportées par le vent aux abords des cimetières. Dans un minutieux travail d’assemblage, elles ont ensuite réalisé une courtepointe pour chaque cimetière visité.

Autour d’une boîte à musique de leur confection, elles invitaient également les visiteurs à se remémorer un être cher disparu, en inscrivant son nom sur une partition musicale perforée. Avec le nombre de participants, la mélodie s’est peu à peu allongée au fil de l’évènement. En laissant la phrase musicale se poursuivre et le ruban de la partition et les confettis de papier perforé s’accumuler, le dispositif révèle la portée cumulative du geste de chacun.

En parallèle, un micro-territoire de petites maisons de bois était présenté sur un terreau semé de graines de blé et surmonté d’une lampe de culture. Au fil de l’évènement, les bâtiments ont été envahis par la verdure, soulevant ainsi un questionnement sur notre relation à la nature, au patrimoine bâti et au territoire.

Toutes deux diplômées de l’Université du Québec à Chicoutimi, Magali Baribeau-Marchand et Sara Létourneau travaillent alors en duo depuis 2015. Leurs œuvres ont été présentées, entre autres, au Centre d’art actuel Bang à Saguenay et à Langage Plus à Alma.

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Charles-Étienne Brochu, Symposium international d’art contemporain de Baie-Saint-Paul, 2017. Photo René Bouchard

Guidé par une approche intuitive, Charles-Étienne Brochu (Québec, Qc) réalise des illustrations originales reflétant sa vision du monde. Il aborde la couleur et la composition de ses animations selon une approche traditionnelle, mais ses images ambiguës mettent en contraste les couleurs éclatantes du dessin avec des thèmes sombres et préoccupants. Ses sujets privilégiés relèvent d’expériences d’épanouissement ou d’aliénation liées à nos rapports sociaux ou à l’accumulation d’objets de consommation.

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Charles-Étienne Brochu, SIACBSP 2017. Photo : Marie Perrault

Le dessin réalisé à l’ordinateur constitue son médium de prédilection. Ce choix lui permet de produire des images sous forme de livres d’artistes, de folioscopes (flip books) et de dessins animés, qu’il diffuse en galerie ou sur le Web. Au Symposium, il a créé des «gifs», soit de courtes animations, dont l’action se déroule à Baie-Saint-Paul, à proximité d’édifices patrimoniaux. Il en donne une image à la fois ludique et sombre, rassurante et apocalyptique.

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Charles-Étienne Brochu, SIACBSP 2017. Photo : Marie Perrault

Les recherches plastiques du Cabinet de Fumisterie Appliquée (C.F.A.) (Paris et Nantes, France) s’appuient sur des perceptions stéréotypées, anxiogènes ou sensibles du monde contemporain. Le C.F.A. crée des environnements variables où il invite les visiteurs à vivre des expériences singulières brouillant les frontières entre réel et fiction, hypothèse et fantasme, pathologie et normalité.

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Cabinet de fumisterie appliquée, Horizon 2050. Bigbang self, version 2017. Photo René Bouchard.

Ce duo d’artistes travaille depuis quelques années à un projet intitulé HORIZON 2050, nommé en référence au franchissement de la date-butoir pour relever les défis écologiques fixée à 2049. Cette dystopie combine des pratiques alimentaires ancestrales (consommation de vers et insectes), des recherches actuelles sur les pratiques alimentaires d’avenir (viande synthétique de laboratoire) et des spéculations futuro-fumistes (viande de soi et nourriture pour les élites). Leur démarche se déploie en plusieurs volets : un Centre de distribution alimentaire étatique appelé l’Unité de Distribution Alimentaire Gouvernementale (U.D.A.G.), le BigBang Self, un comptoir de libre-service destiné aux populations de classe moyenne et le Banquet réservé aux élites.

Pour le Symposium, le duo a imaginé et réalisé un espace de production alimentaire sous forme de laboratoire ouvert où sont mises en tension la fiction et la réalité. En lien avec le processus de création artistique, la dystopie alimentaire mise en avant se déploie dans un prélèvement quotidien par les visiteurs de morceaux d’œuvres engageant leur dissémination.

Le Cabinet de Fumisterie Appliquée a été fondé en 2007 par Elsa Ferry et Anastasia Bolchakova, respectivement Française et Russe. Depuis 2008, elles exposent et performent en France et à l’étranger.

Karine Locatelli (Baie-Saint-Paul, Qc) explore son rapport à l’environnement en créant des paysages inspirés de son expérience personnelle du territoire. Dessiner en plein-air relève pour elle d’une étape de réflexion essentielle lui permettant de bien saisir les lieux et d’entretenir avec ceux-ci un rapport affectif et sincère.

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Karine Locatelli, Paysage accidenté, 2017. Photo René Bouchard

Son processus de création passe par une observation directe de la nature et par la consignation sur place d’études de petits formats, ensuite développées sous forme de grands tableaux dessinés. Ses œuvres sont en quelque sorte la matérialisation de flâneries et de pensées que provoque et lui inspire le territoire de Charlevoix, notamment son caractère nordique.

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Karine Locatelli, SIABSP 2017. Photo : René Bouchard

En écho aux modifications constantes du territoire causées par des interventions humaines ou des phénomènes naturels, Karine Locatelli a réalisé des paysages lui ayant servi à créer un espace immersif. Les visiteurs étaient d’ailleurs invités à animer ce paysage par des manipulations diverses, métaphores de l’intervention humaine dans le territoire. S’inscrivant dans la tradition paysagiste et la pratique du pleinairisme propre à la région de Charlevoix, son œuvre renvoie à son histoire culturelle et la renouvelle. De plus, les paysages ainsi représentés attestaient de récentes modifications en profondeur du territoire et soulevaient un questionnement sur sa fragilité et son devenir.

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Karine Locatelli, SIABSP 2017. Photo : Marie Perrault

Karine Locatelli dessine des paysages s’inspirant de la nordicité québécoise. Membre fondatrice de la Résidence nomade à Anticosti, elle milite pour développer une communauté et des pratiques artistiques en région.

Tablant sur les notions de copie, de travail fait à la main et d’objets manufacturés, Mitch Mitchell (Montréal, Qc) combine des références à l’histoire de l’art et des images de la culture de consommation de masse, qu’il ré-interprète de manière à en souligner les valeurs esthétiques, historiques ou économiques.

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Mitch Mitchell, Yesterday’s Peoples Tomorrow’s King (Sujets hier. Rois demain, traduction libre), en production au SIACBSP 2017. Photo : René Bouchard

Autour d’objets reconnaissables, représentatifs d’un savoir-faire manuel ou d’objets manufacturés, son propos suscite un questionnement sur la valeur du travail, ou son caractère aliénant, sur la richesse ou la banalité des matériaux, et touche à des enjeux de consommation, de préservation du patrimoine et de distinction sociale.

Lors du Symposium, Mitch Mitchell a copié un fauteuil Louis XVI. Ce style correspond à un type d’ameublement prisé par les élites en France à compter de 1774, au début du règne du roi éponyme, jusqu’en 1785, tout juste avant que n’éclate la révolution française. Cette référence au style Louis XVI soulève des questions sur les tensions sociales contemporaines entre riches et mal nantis, autour du point de rupture qu’elle représente. Mitch Mitchell met ainsi également en avant les valeurs associées au savoir-faire artisanal et à la richesse des matériaux, auxquelles il oppose la banalisation des objets de consommation courante.

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Mitch Mitchell, SIACBSP 2017. Avec Marie Perrault.

Mitch Mitchell est né dans le Midwest des États-Unis, où il a obtenu un premier diplôme en beaux-arts de l’Illinois State University, puis une maîtrise de l’Université de l’Alberta. Il est représenté par les galeries dc3 Art Projects d’Edmonton et Nicolas robert de Montréal. Ses œuvres font partie notamment des collections du Musée des beaux-arts de Boston et du Musée des beaux-arts de l’Alberta.

Pour Dong-Kyoon Nam (Hamilton, Ontario), la subversion associée à toute transformation demeure une notion idéaliste si l’on ne tient pas compte de la structure matérielle des objets et de l’infrastructure supportant leur production.

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Dong Kyoon Nam, SIACBSP 2017. Photo : René Bouchard.

Dans une approche de type micro, il se consacre donc à une déconstruction minutieuse d’objets technologiques, un modèle à la fois, en laissant place à l’accident, au détriment relations complexes organisées de leurs composantes. Sa démarche se résume alors à rééquilibrer ces appareils, dans des compositions formelles faisant fi de leur fonctionnalité. Il expose ainsi la rhétorique même de leur facture,  de leurs pièces et de leurs systèmes mécaniques, ainsi que l’obsolescence programmée qui les conditionne.

Au Symposium, Dong-Kyoon Nam a recueilli des appareils et des accessoires démodés ou mis au rancart, afin de souligner le caractère éphémère de leur statut de technologies de consommation courante. Il en a déconstruit les systèmes mécaniques et les a réorganisé de manière instinctive, afin de re-configurer leurs composantes fonctionnelles cachées en un bricolage dynamique. Répétant les gestes de la chaîne de montage industrielle, ces micro-assemblages complexes soulignaient l’importance du relais technique en cause et rompaient avec l’apparente immédiateté de la médiation numérique.

Né à Séoul en Corée, Dong-Kyoon Nam détient un baccalauréat en beaux-arts de l’Université de Windsor (2010) et une maîtrise de l’Université de Victoria (2012).

Basée à Brooklyn, Elise R Peterson (New York, États-Unis) s’intéresse aux exclus de l’histoire et aux récits de la négritude. Elle se consacre également à la réalisation d’objets et d’images mettant en avant les conditions de vie difficiles des Noirs, notamment des Afro-Américains.

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Elise R. Petterson, Thug Life. After Tupac Shakur, 2017. Photo : René bouchard

Elle revisite des chefs-d’œuvre de l’art occidental en y intégrant des représentations de personnes noires, révélant ainsi leur relative invisibilité. Une large part de ses œuvres répond donc à une quasi-absence de représentation des personnes de couleur dans le champ des beaux-arts. En réaction à ce constat navrant, Elise R Peterson s’approprie les ressources de la technologie pour intégrer des figures d’Afro-américains largement médiatisés dans des chefs-d’œuvre de l’histoire de l’art moderne. Elle critique ainsi le système des beaux-arts et le peu de place qu’il accorde aux artistes racisés, en même temps qu’elle souligne la représentation stéréotypée de la négritude véhiculée par les médias


Au Symposium, elle a réalisé une installation intégrant une image du rappeur légendaire Tupac Shakur dans le Nu Bleu II d’Henri Matisse. Des oreillers portant des inscriptions représentatives de l’existence difficile des Afro-américains dénoncée par le rappeur invitaient les visiteurs à réfléchir dans un certain confort à la dure réalité de la vie des Noirs. Des enregistrements audio archivistiques de Tupac Skakur discutant de sa philosophie complétaient la présentation. Elise R. Petterson engageait avec les visiteurs un dialogue ouvert sur l’expérience noire contemporaine et sur l’héritage culturel des Noirs dans le monde et pour l’avenir de l’art.

Elise R. Peterson est écrivaine, artiste visuelle et éducatrice. Elle détient un diplôme en design graphique de la New School de la Parson’s School of Design de New York. Elle a publié de courts textes portant sur la négritude, sur les multiples enjeux touchant ces personnes trop souvent marginalisées. En tant qu’artiste plasticienne, elle poursuit des recherches sur la ré-appropriation du passé autour d’un discours de filiation.

Catherine Plaisance explore l’imaginaire de la catastrophe et crée des paysages marqués par des bouleversements et des phénomènes extrêmes.

Ses œuvres s’inspirent de lieux existants déjà fréquentés, de souvenirs de voyage et de photographies de paysage, et se présentent comme des fictions réalisées à partir de maquettes préalablement fabriquées. Par des changements d’échelle et le recours à des technologies simples, son travail questionne notre rapport aux récits ambiants et notamment leur véracité et leur caractère trompeur.

Pour le Symposium, elle a imaginé le futur de paysages de la région de Charlevoix en fonction des prévisions scientifiques pour l’an 2100, dans le contexte d’un réchauffement de la planète de plus de 2 °C. En vertu de ce scénario pessimiste, les calottes glaciaires arctique et antarctique auraient presque complètement fondues et le niveau de la mer augmenterait de plusieurs mètres, changeant irrémédiablement le cours du fleuve Saint-Laurent. Tout en créant des anachronismes, cet aller-retour historique nous sensibilise aux paysages de la région. En dépit de la vision dystopique qui l’anime, il favorise les échanges avec les visiteurs autour de nos habitudes de vie, de l’amour de la nature et de la beauté des paysages de la région.

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Catherine Plaisance, SIACBSP 2017. Photo : René Bouchard

Catherine Plaisance vit et travaille à Montréal. Elle détient une maîtrise en arts visuels et médiatiques de l’UQAM, laquelle fut appuyée par le Fonds québécois de recherche sur la société et la culture. Elle a participé à de nombreuses expositions et a fait partie du collectif d’artistes Les Fermières Obsédées de 2001 à 2009.

La Famille Plouffe (Guillaume Bourdrias-Plouffe, Émilie Levert, Émeline et Léo Plouffe, à qui s’est ajouté depuis Zéphir Plouffe)  réactualise la « petite histoire » de lieux qu’elle investit à travers des tours de passe-passe sans prétention pour faire croire un instant au merveilleux et au fantastique. À travers un prisme ludique lié à l’enfance, le domestique, le commun et le quotidien proposent un transport vers le légendaire et le fabuleux.

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La Famille Plouffe, SIABSP 2017. Photo : René Bouchard

Leurs œuvres s’inspirent d’une culture populaire (récits, expressions familières, gestes, objets ou savoir-faire vernaculaires) et mettent en valeur la richesse de ce patrimoine culturel immatériel pas toujours apprécié à sa juste valeur. Leurs œuvres réalisées avec des moyens précaires témoignent de la fragilité de cet héritage culturel dans le contexte des bouleversements toujours plus rapides. Elles plaident pour la réactualisation de ce patrimoine immatériel individuel et collectif toujours bien vivant, parfois bien malgré tout.


Intitulée Toute une trotte!, l’installation performée de la Famille Plouffe réinterprète des histoires de la culture populaire de la région de Charlevoix, ainsi que les souvenirs qu’en ont les visiteurs. Autour des figures d’Alexis le Trotteur, des Échassiers de la Baie et des pinières de Baie-Saint-Paul ils ont composé une forme de vernacularium, regroupant ce qu’on se raconte, ce qu’on cultive et ce qu’on fabrique au quotidien. Les échanges avec des visiteurs de divers horizons se sont transformé en performance collectives autour de réminiscences nourries d’un patrimoine populaire communautaire.

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La Famille Plouffe (Émilie Levert et Émeline Plouffe), SIABSP 2017. Photo : Marie Perrault

La Famille Plouffe œuvre ensemble depuis l’arrivée de chacun dans la vie de l’autre, comme couple ou en famille. Leur prestation au Symposium international d’art contemporain de Baie-Saint-Paul a constitué la première manifestation officielle de leur signature commune. Auparavant, Guillaume Boudrias-Plouffe travaillait comme artiste individuel.

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Jean-Charles Rémicourt-Marie, installation, SIACBSP, 2017. Photo : René Bouchard

La démarche de Jean-Charles Remicourt-Marie s’inscrit aux limites de l’art, de l’architecture et de l’investigation historique. À la recherche d’un langage formel adapté à l’espace public, il réalise des sculptures et des maquettes en dialogue avec des utopies architecturales historiques convoquant un nouvel imaginaire.

Il réfère notamment à la Cité idéale de Claude Nicolas Ledoux et aux éco-quartiers durables futuristes de Vincent Callebaut. Célèbres pour leur dimension sociale et pour leur capacité à proposer de nouveaux modes d’existence, ces projets génèrent un langage formel en rupture avec les modèles standardisés de leur époque, une nécessité, selon Jean-Charles Remicourt-Marie, pour développer un imaginaire utopique et rigoureux.

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Jean-Charles Rémicourt-Marie, prestation décrivant son travail antérieur au SIACBSP 2017.   Photo : Marie Perrault

Il explore donc des formes architecturales spécifiques à certaines doctrines politiques. Sa démarche consiste à révéler comment un projet sociétal, humaniste ou autoritaire, prend forme dans l’espace public. La finalité de son travail est d’envisager le patrimoine architectural comme un tissu continu dans le temps et l’espace. Dans cette perspective, son travail de sculpture se nourrit des échos et des contradictions esthétiques portés par des lieux ou des sites, afin d’en révéler les continuités ou les ruptures politiques. De cette manière, les utopies passées et futures invitent le spectateur à se sentir interpellé par des questionnement actuels cruciaux

Jean-Charles Remicourt-Marie détient une maîtrise en arts visuels de l’École supérieure d’arts et médias de Caen. En 2017, il avait aussi été un artiste accueilli en résidence par le centre d’artistes l’Œil de poisson au Complexe Méduse.

Stéphanie Requin Tremblay, SIACBSP 2017

Stéfanie Requin Tremblay, SIACBSP 2017. Photo : Marie Perrault

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Stéfanie Requin Tremblay, SIACBSP 2017. Photo : Marie Perrault

 

Depuis quelques années, Stéfanie Requin Tremblay puise ses inspirations graphiques et littéraires dans la culture Internet. Utilisant son fil d’actualité sur les réseaux sociaux comme moteur de création, elle combine, en une esthétique minimale et punk, textes poétiques et images incisives. Hors-écran, ses œuvres prennent diverses formes imprimées – photographies, collages, livres d’artistes, fanzines, photoromans – et nourrissent un univers intime, violent, féminin, obsédé par les thèmes de l’anxiété, de l’hygiène, du karaoké et de l’administration, le tout réalisé sous forme d’imagerie pop des années 1980,1990 et 2000.

Stéphanie Requin Tremblay, SIACBSP 2017

Stéfanie Requin Tremblay, SIACBSP 2017. Photo : Marie Perrault

Stéfanie Requin Tremblay_Photo René Bouchard

Stéfanie Requin Tremblay, Hygiène, SIACBSP 2017. Photo : René Bouchard

Dans le cadre du Symposium, elle a colligé des éléments marquants de son fil d’actualité, issue autant de correspondants de la sphère publique que privée, en récoltant des statuts, des commentaires, des messages, des images ou des faits de l’actualité. Elle s’est ré-approprier ce matériel afin de le transposer en dessins, en archives, en photos, voire en poésie écrite.

Avec l’idée d’« imprimer Internet », elle tente de contrer l’obsolescence du Web en archivant ces échanges et ce flux d’information virtuels s’effaçant dès qu’ils ont été vus ou lus. En rassemblant des images et des statuts éphémères, elle aimerait dresser un portrait témoin de l’époque actuelle, réfléchir Facebook comme un espace narratif et archiver le présent, dans le but d’en maintenir l’existence, sous quelque forme que ce soit pour l’avenir.

Stéfanie Requin-Tremblay est titulaire d’une maîtrise en arts visuels de l’Université du Québec à Chicoutimi (2009). Elle a présenté son travail lors d’expositions individuelles et collectives au Québec et a aussi publié les ouvrages Obsolescence pop et Hygiène sur  l’influence d’Internet et de la culture populaire dans la création contemporaine.

 

Laura St.Pierre_ Photo René Bouchard

Laura St.Pierre, Jardin spectral. Saint-Laurent, SIABSP 2017. Photo : René Bouchard

Depuis plusieurs années, Laura St.Pierre collectionne les plantes et s’intéresse à ce qu’elles révèlent sur le passé, le présent et l’avenir d’un lieu. En utilisant une technique empruntée aux botanistes, elle préserve les plantes dans l’alcool isopropylique, afin de maintenir leur forme tridimensionnelle, en altérant toutefois leur couleur. Elle les immortalise ensuite dans de grandes photographies à très haute définition. L’utilisation de la lumière et l’augmentation de l’échelle des végétaux créent alors des images référant à la fois au paysage et à la nature morte, aussi intrigantes que révélatrices.

Pour conserver les plantes recueillies, elle utilise des vases domestiques, tels des pots et des bouteilles de verre jadis utilisés par nos grands-mères. Alors qu’ils servaient à l’époque à conserver la nourriture ou la boisson, Laura St.Pierre y préserve aujourd’hui des spécimens témoignant des changements affectant le territoire. Ni rares, ni inhabituelles, ces plantes pourraient le devenir un jour, leur collection constituant en quelque sorte une archéologie du futur.

Elle a d’abord recueilli et collectionné des plantes des environs de Saskatoon, une ville où elle a identifié quatre types d’écosystèmes vulnérables aux changements climatiques : la forêt boréale, les terres humides des prairies, les prairies à fétuque et les berges de la rivière Saskatchewan. Au Symposium, elle s’est penché sur l’écosystème du fleuve Saint-Laurent, un site aujourd’hui déjà en transformation. Au fur et à mesure que le niveau de la mer monte, les eaux se réchauffent et deviennent plus acides, les précipitations augmentent et le couvert végétal dans et près du fleuve change. Elle a donc recueilli des spécimens de ce territoire, pas encore qu’un souvenir, elle utilise ces derniers pour créer de nouvelles photographies.

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Laura St.Pierre, Jardin spectral. Saint-Laurent, SIABSP 2017. Photo : René Bouchard

Laura St.Pierre est une artiste multidisciplinaire. Elle a obtenu une maîtrise en beaux-arts de l’Université Concordia en 2006.  Depuis plus de dix ans, ses installations, ses vidéos et ses photographies ont été présentées partout à travers le Canada, ainsi qu’à l’étranger.

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Denys Tremblay. Roi de l’Anse, président d’honneur du SIACBSP 2017. Photo : Marie Perrault

Principal organisateur du Symposium international de sculpture environnementale de Chicoutimi en 1980, Denys Tremblay se démarque par une performance de 14 ans où il incarne l’Illustre Inconnu. Cette prestation lui a permis, notamment, d’enterrer définitivement l’histoire de l’art métropolitaine, de sauver la Maison Arthur-Villeneuve et de l’intégrer au Musée de la Pulperie.

En 1997,  il accéde à la royauté municipale en étant reconnu comme Roi de l’Anse au Saguenay-Lac-Saint-Jean, poste duquel il a abdiqué en 2000. En 2009, Hervé Fischer lui consacre un livre abondamment illustré intitulé Un roi américain, publié chez VLB éditeur. Son travail afait l’objet d’une exposition au Centre Georges Pompidou de Paris. Sa pratique s’inscrit dans une appropriation de l’Histoire autour d’un récit personnel affectant le cours des évènements. Cet intérêt pour la construction historique a motivé son invitation à titre de président d’honneur.

Détenteur d’un doctorat en arts plastiques, Denys Tremblay est un artiste transdisciplinaire outrepassant les conventions de l’art. Il est l’un des premiers penseurs du périphérisme et l’inventeur du concept de really-made qui permet de réconcilier l’art à la réalité sociale. Il a été proclamé légalement par référendum Roi de L’Anse-Saint-Jean, un personnage controversé et célèbre du Saguenay-Lac-Saint-Jean. Il devenait le ainsi premier de ce qui devait être une succession de rois, succession non héréditaire avec alternance.

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Vicky Sabourin, accessoires, performance au SIACBSP 2017. Photo : Marie Perrault

S’inspirant de faits divers et d’évènements historiques, l’artiste multidisciplinaire Vicky Sabourin réalise des installations et des tableaux vivants qui tablent sur des souvenirs personnels pour explorer l’imaginaire de chacun. Vivant et travaillant à Montréal, elle détient une maîtrise en arts visuels de l’Université Concordia. Son travail a été présenté au Canada, aux États-Unis et en Europe. Ses récentes expositions individuelles incluent, notamment, Les Curiosités au Musée national des beaux-arts du Québec, Danse Macabre à l’Œil de Poisson (Québec) et Warmblood à Hamilton Artists Inc. (Hamilton, Ontario).

Sa démarche associe la photographie et la performance dans des installations et des récits qui se traduisent en dioramas et en tableaux vivants de longue durée. Embryonnaires, les histoires rejouées ainsi par Vicky Sabourin ont d’abord fortement marqué son imaginaire puis, une fois mises en scène, elles suscitent une forte réaction chez le public. Au Symposium, elle a présenté une performance autour de souvenirs de femmes nourrissant les pigeons croisées par hasard tout au long de sa vie.

Projet DÉRANGER, Office national du film.

Présentation du projet DÉranger, un laboratoire de création destiné aux artistes autochtones du Québec, réalisé par l’Office national du film (ONF) du Canada, en collaboration avec le Wapikoni mobile et Oboro. Conçu par Michèle Bélanger, directrice exécutive, Programmation et production au Programme français à l’ONF, de concert avec Caroline Monnet, porte-parole et commissaire, ce laboratoire de création a permis aux artistes multidisciplinaires Sébastien Aubin, Eruoma Awashish, Jani Bellefleur-Kaltush, Ludovic Boney, Geronimo Inutiq, Caroline Monnet, Meky Ottawa de créer, en cinq jours et en équipe, des prototypes d’œuvres à réaliser et à diffuser dans l’espace public ou en contexte muséal.

Michèle Bélanger, l’instigatrice du projet, et Caroline Monnet, porte-parole et commissaire, présenteront l’ensemble de la démarche, ainsi que les projets des artistes participants. Cinéaste et artiste visuelle d’origines bretonne et algonquine, Caroline Monnet s’intéresse à l’identité autochtone et à la réalité biculturelle.

Mixing Ghosts. Installation-performance de Sarah Wendt et Pascal Dufaux

Immergés dans une chambre d’échos visuels, entre le temps présent de l’action et le passé immédiat de sa médiatisation, Sarah Wendt et Pascal Dufaux explorent de nouvelles possibilités narratives, perceptuelles, vidéographiques et picturales. Cette installation-performance propose au public une expérience mariant théâtre d’objets, chorégraphies et machines de vision.

Sarah Wendt, danseuse-chorégraphe et musicienne, vit à Montréal. Son travail chorégraphique s’élabore comme une réponse kinesthésique à son environnement ou dans le contexte de collaborations. Pascal Dufaux, plasticien né en France, vit à Montréal.  Sa pratique se décline en des assemblsages de sculptures biomorphiques et de dispositifs vidéo. Il est représenté à Montréal par les Galeries Roger Bellemare et Christian Lambert.

 

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