Anne Ramsden. Le temps qu’il faut | The Time It Takes.

Avec cette récente installation vidéo filmée dans l’Arboretum Morgan, Anne Ramsden renoue avec son intérêt de longue date pour les musées et les collections

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Le temps qu’il faut
Installation vidéo sur 3 écrans
(35 min 35 sec)

Partie prenante du campus Macdonald de l’Université McGill, situé sur la pointe ouest de l’ile de Montréal, cette réserve écologique urbaine regroupe 17 collections d’arbres et d’arbustes indigènes ou acclimatés, ainsi que différents habitats, des terres agricoles en friche ou toujours en usage, exemplaires de la région montréalaise. Dans la vidéo, Anne Ramsden nous donne à voir le site en une séquence de plans fixes mettant en scène ses collections et leurs caractéristiques respectives au fil des saisons, du printemps à l’automne.

Chacun des plans tournés avec une caméra immobile fixée à un trépied, selon une prise de vue frontale et presque toujours à la même hauteur, reprend des modalités de la présentation muséale isolant les objets du quotidien en vitrine, notamment dans une muséologie traditionnelle. Par ailleurs, Anne Ramsden insiste ici plutôt sur l’ensemble du projet d’arboretum, en tant que système de valeur et de pratique discursive, que sur chacune des espèces placées devant l’objectif. Des détails des séquences, notamment des étiquettes d’identification, une arche de jardin, des bancs, ne cessent de nous rappeler l’aménagement délibéré de ce site naturel comme objet de conservation et de recherche lié au savoir, ainsi que comme lieu de contemplation, de délectation et de loisirs.

À l’opposé, la bande sonore perturbe cette vision idyllique de la Nature avec divers bruits insolites témoignant de l’activité quotidienne aux abords de l’arboretum. En effet, des bruits de trompettes de train, de réacteurs d’avion ou de trafic autoroutier s’ajoutent aux bruissements des feuilles au vent, aux chants d’oiseaux et aux bourdonnements d’insectes plus habituels dans le contexte. L’installation vidéo ouvre ainsi béant l’espace sanctuarisé de l’arboretum et souligne le seuil délimitant l’espace profane de nos activités courantes d’un environnement naturel préservant une «relation originelle» avec le monde. En cela, la proposition esthétique d’Anne Ramsden évite une louange pittoresque des beautés naturelles du site, pour questionner la philosophie et l’éthique sous-jacentes à la conception de l’Arboretum comme parc et comme réserve naturelle, témoignant d’un regard muséologique singulier. Cette représentation historique réduit d’ailleurs la Nature à un objet de contemplation ou un sujet de connaissance, au détriment de la mise en avant d’un patrimoine immatériel holistique, ancré dans une réciprocité et une dépendance mutuelles entre les espèces, végétales, animales et humaines.

Dans le contexte de la crise écologique actuelle, ces petits morceaux de territoires protégés semblent de petites îles de Robinson et de bien maigres bouées de sauvetage pour assurer une Terre habitable à long terme. En ce sens, l’installation de Anne Ramsden inscrit au cœur même de la coupure d’avec le monde naturel qui les fonde, la nécessité d’une éthique de réconciliation avec le vivant, tenant compte des liens de dépendance étroits qui nous lie à lui et ne laissant pas la nature à la merci de notre consommation débridée et gourmande.

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Anne Ramsden, Le temps qu’il faut | The Time It Takes, installation vidéo installation, 2018-19 (35 min 35 sec). Photo : Avec l’aimable collaboration de l’artiste. With the courtesy of the artist.

ENGLISH

With this recent video installation filmed in the Morgan Arboretum, Anne Ramsden revives her long-standing interest in museums and collections.

Part of McGill University’s Macdonald Campus, located on the western tip of the island of Montreal, this urban ecological reserve is home to 17 collections of native and acclimatized trees and shrubs, as well as a variety of habitats, both fallow and working farmland, typical of the Montreal region. In the video, Anne Ramsden shows us the site in a sequence of still shots featuring its collections and their respective characteristics throughout the seasons, from spring to fall.

Each of the segments, taken with a still camera fixed to a tripod, in a frontal shot and almost always at the same height, takes up the modalities of museum presentation, isolating everyday objects in a display case, particularly in a traditional museology. Moreover, Anne Ramsden insists here on the arboretum project as a whole, as a system of value and discursive practice, rather than on each of the species placed before the lens. Details of the footage, including identification labels, a garden arch, and benches, continually remind us of the deliberate development of this natural site as an object of conservation and knowledge-related research, as well as a place of contemplation, delight, and leisure.
On the other hand, the soundtrack disrupts this idyllic vision of Nature with various unusual noises testifying to the daily activity around the arboretum. Indeed, the sounds of train trumpets, airplane engines or highway traffic the rustling of leaves in the wind, the songs of birds and the buzzing of insects more usual in the context. The video installation thus opens up the sanctuary of the arboretum and underlines the threshold delimiting the profane space of our everyday activities from a natural environment preserving an « original relationship » with the world. In this, Anne Ramsden’s aesthetic proposal avoids a picturesque praise of the natural beauties of the site, and instead questions the philosophy and ethics underlying the conception of the Arboretum as a park and as a nature reserve, testifying to a singular museological view. This historical representation reduces Nature to an object of contemplation or a subject of knowledge, to the detriment of highlighting a holistic intangible heritage, anchored in a mutual reciprocity and dependence between species, plants, animals and humans.

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Anne Ramsden, Le temps qu’il faut | The Time It Takes, 2018-19 (35 min 35 sec). Photo : Avec l’aimable collaboration de l’artiste. With the courtesy of the artist.

In the context of the current ecological crisis, these small pieces of protected territory seem like little Robinson islands and meager lifelines to ensure a habitable Earth in the long term. In this sense, Anne Ramsden’s installation inscribes at the very heart of the break with the natural world that founds them, the need for an ethic of reconciliation with the living, taking into account the close dependency links that bind us to it and not leaving nature at the mercy of our unbridled and greedy consumption.

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