Les voix basses : papiers et textiles, installations et performance d’Estela López Solís

Interpellée personnellement lors de ma visite de Susurrantes d’Estela López Solís en 2017, j’exprime dans le choix et l’interprétation des œuvres, le lien intime ressenti devant elles et encourage les visiteurs à explorer à leur tour leur propre sensibilité.

Artiste d’origine mexicaine habitant les Cantons-de-l’Est depuis 2011, Estela López Solís s’approprie les pensées noires que lui confient les gens lors de performances ou de résidences.

Estela López Solís, Art textile, Performance, Art sonore, Intimité, Peurs, Jugement, Vulnérabilité, Autrui
Estela López Solís, performance dans le cadre de Les voix basses, Centre Jacques-et-Michel-Auger de Victoriaville (détail). Photo : Swann Bertholin

Au centre de l’atmosphère feutrée qui se dégage de la salle, l’artiste brode à la main ces sentences sur des tissus usagés. Aux murs, les œuvres textiles de la série Susurrantes incarnent une trace de ces rencontres et le geste de broderie évoque la durée d’un moment de partage. Ses gestes discrets réalisés en blanc sur blanc soulignent le caractère introspectif, intime et secret des témoignages qui lui sont livrés. Entre visible et invisible, leur aspect ténu exprime aussi la réminiscence subtile et obstinée des pensées qui nous minent, liées aux attentes et aux jugements des autres. L’installation sonore habitant l’espace nous plonge d’ailleurs au cœur de cette litanie opiniâtre.

Estela López Solís, Performance, Textile, Fragilité humaine, Pensées noires
Estela López Solís, Série Ombres, 2018. Gaufrages sur papier de coton. Photo : Swann Bertholin
Estela López Solís, Performance, Textile, Fragilité humaine, Pensées noires
Estela López Solís, Série Ombres, 2018. Gaufrages sur papier de coton. (détail : Profiteuse). Photo : Swann Bertholin

En contrepoint, les gaufrages de la série Ombres impriment dans la matière même du papier la marque indélébile dont nous affublent les exigences morales que l’on adopte si facilement. « Profiteuse », « ingrate », « impostrice », « mesquine », « ratée » … expriment ces blessures que l’artiste prend sur elle dans son processus de création, comme en témoigne la féminisation des titres. L’installation en vitrine met de l’avant la disparition de notre être derrière ces jugements.

Estela López Solís, Installation, Textile, Fragilité, Pensées noires
Estela López Solís, Série Susurrantes, 2014 -2016. (Détail : Je vais me faire petite pour qu’ils deviennent grands – Susurrante 11 (2016). Broderies de fil de coton blanc, sur taies d’oreillers usagées et phrases recueillies et brodées lors d’une prestation devant public. Photo : Swann Bertholin

Dans l’intimité de la rencontre, j’ai ressenti de l’apaisement en abandonnant à l’attention de cette artiste, les pensées noires qui m’habitaient, les confiant aux allers-retours de l’aiguille entre ses mains, ou les laissant s’incruster dans la contemplation des œuvres exposées, au rythme de la mélopée hantant la salle.

Estela López Solís, Art textile, Performance, Art sonore, Intimité, Peurs, Jugement, Vulnérabilité, Autrui
Estela López Solís, Invisible (2021). Transcription à la mine de plomb. Photo :Swann Bertholin

Conférence de Marie Perrault, commissaire, Estela López Solís – Les voix basses : https://www.youtube.com/watch?v=3bMn2Xb8n3M&t=2625s

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